Vers
2 h 30 de l'après-midi, le 19 janvier 1787 Charles Robin
de la Charles Robin & Co. de Paspébiac décide à cause
du froid d'établir son campement pour la nuit à Causapscal.
Il est accompagné de cinq hommes et ils se dirigent vers
Québec.
En 1760, la bataille de la Ristigouche met fin à la
possession du Canada par la France. Les gens de Jersey, dont
l'île est
propriété de l'Angleterre, sont de bons navigateurs
et excellents commerçants bilingues (l'île faisant
partie du duché de Normandie lors de la conquête
de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant en 1066).
Les Jersiais arrivent donc sur nos côtes pour y pêcher
le poisson le plus prolifique au monde : la morue! Dès
1766, Charles Robin est présent en Acadie où il
détient
une franchise au nom de la Robin, Pipon & Co. Mais
les corsaires américains lui font la vie de plus en
plus difficile si bien qu'en 1778, deux ans après la
déclaration
d'indépendance
américaine, toutes ses installations à Artichat
au Cap Breton et à Paspébiac dans la baie des
Chaleurs sont pillées et brûlées. N'ayant
pu obtenir la protection de la Marine royale, il fuit le Canada
pour cinq
ans.
En 1783, il fonde sa propre compagnie, la Charles Robin & Co. (CRC).
Il est de retour en Gaspésie, son siège
social est à Paspébiac et il entreprend la
construction de ses installations sur le banc. Certaines
bâtisses
sont encore existantes. Les affaires de pêche que brassaient
Charles Robin l'obligeaient à rencontrer le gouverneur
général
du Canada, Lord Dorchester, qui résidait à Québec.
Comme il était très occupé pendant la
saison de navigation et de pêche, il dut se résigner à aller
le rencontrer pendant l'hiver! Mais, aller de la Baie-des-Chaleursà Québec
en plein hiver dans ce temps-là, c'était toute
une aventure. Il fallait marcher de Paspébiac à Trois-Pistoles
avant de pouvoir utiliser les chevaux.
Comme Charles Robin
tenait son journal, il a été possible à monsieur
Arthur Legros qui fut gérant général
de la Cie Robin, de nous décrire ce voyage dans la
Revue d'histoire de la Gaspésie. « Le
lundi 8 janvier 1787, à 6
heures du matin, il quitte sa maison de Paspébiac
avec James Huard et le fils de celui-ci; ils déjeunent à New
Carlisle vers 7 heures puis, ils se dirigent vers Bonaventure à 10
heures. Vers midi, ils sont chez Jean Arsenau où ils
dînent.
Le 9 janvier, ils traversent la rivière Caplan. Le
10, la température est belle et ils marchent sans
raquettes! À 1 heure, ils sont à Tracadiguèche (plus
tard on dira Tracadièche et aujourd'hui Carleton). À 3
heures, ils arrivent chez Urbain Jean à Nouvelle où il
conclut une entente avec deux hommes qui vont aussi l'accompagner à Québec.
Le samedi 13, on prépare les provisions qui sont attachées
sur des traîneaux. Un dénommé D'Ambroise
va diriger l'expédition. Les renseignements des 14
et 15 janvier manquent, la page du journal ayant disparu.
Le 16, ils se dirigent
vers la rivière Matapédiac. La glace défonce
plusieurs fois, ils sont tous trempés. Le 18, il y
a un pied de neige molle sur la rivière, ils avancent
difficilement et la glace est dangereuse. En cette journée,
le groupe a progressé d'à peine 3 1/2 lieues
(environ 10 milles) et la nuit fut très froide!
Le
vendredi 19 janvier, on dut faire halte pour la nuit à la
fourche d'une rivière aussi grosse que la Matapédia;
c'était la rivière Causapscal. Il était
seulement 2 1/2 heures mais, il faisait trop froid pour continuer.
Le samedi à 10
1/2 heures, on arrivait au premier lac : le petit lac Matapédia
(Lac-au-Saumon) qui a une lieue de longueur et un mille
de largeur. Le lundi 22 janvier, le groupe atteint le partage
des eaux entre
le lac Matapédia et le fleuve Saint-Laurent. Le 23,
ils aperçoivent
le fleuve du haut des montagnes. Les 25 et 26, ils sont à Rimouski
où ils rencontrent Germain Lepage et le 29, ils atteignent
Trois-Pistoles d'où il est possible de continuer en
carriole. Le 31, ils dînent à Rivière-du-Loup
puis, on parle de Camarasca, Islette, St-Ann et St-Roc…
Enfin,
le voyage se termine à Québec le 2 février.
Vingt-sept jours dans la neige dont seize entre Nouvelle
et Trois-Pistoles! Il fallait de bien bonnes raisons pour
faire un tel voyage… Les
jours suivants sont consacrés à diverses rencontres
et le 26 février, à 8 heures c'est le départ
de Québec. Le 3 mars, ils sont à Trois-Pistoles,
le 10 au lac Matapédia, le 16 à Restigouche
et le 17 mars de retour à Nouvelle. |